INTRODUCTION
J'ai lû avec intérêt un article récent sur le français et les anglophones au Québec par un journaliste de La Presse que je respecte beaucoup et dont je lis toujours les textes avec intérêt, M. Yves Boisvert.
Je l'ai aussi lû avec surprise et avec un brin de découragement. M. Boisvert parle de la promotion et protection du français sur un ton négatif, sinon moqueur. Une mauvaise journée au bureau?
Quelques corrections s'imposent.
PROJET DE CONSTITUTION
J'ai eu l'honneur de présenter une soumission le 12 février à la Commission sur les institutions de l'Assemblée nationale avec mes commentaires sur les aspects linguistiques du projet de constitution du Québec , 2025. Dans ma présentation j'explique que:
-Je connais très bien les deux solitudes.
-Le Québec fait face à un déclin du français.
-Devant ce déclin le système scolaire anglais ne fait à peu près rien. 50 ans après la Loi 101 environ deux tiers de ses étudiants et étudiantes ne sont pas autonomes en français à l’oral et à l’écrit après 12 ans d’apprentissage obligatoire de cette langue. Devant cet état de fait le quart des parents anglophones éligibles choisissent la solution nucléaire: celle d’envoyer leurs enfants dans le système français.
-J'ai recommandé d'imposer, comme condition pour l'octroi de leur diplôme, des examens apropriés en français aux finissants des niveaux primaires et secondaires du système scolaire anglais dans TOUTES les matières scolaires pour s'assurer de l'acquisition d'une réelle maitrise du français.
DES AFFIRMATIONS DOUTEUSES DE M. BOISVERT
L'article de M. Boisvert affirme, explicitement ou en sous-entendu pas toujours subtil, les 8 points suivants. Voici mes commentaires qui proviennent surtout de ma présentation:
1-L'auteur baserait son article sur les anglophones que je connais.
Mon commentaire: Visiblement, nous ne connaissons pas les mêmes anglophones. Très respectueusement, I know the 2 solitudes mieux que M. Boisvert.
Je suis originaire des 2 côtés de l’Outaouais; de parents de souche canadienne-française et irlandaise; j’ai étudié
et travaillé en anglais et français, et reçu des reconnaissances d’organismes anglophones et
francophones. Voir ma soumission écrite pour davantage.
2-Il n'y aurait pas un déclin du français, plutôt Le français se porte plutôt bien* (* gras ajouté par le soussigné). Les mesures du PL- 96 crée une atmosphère d’hostilité que rien ne justifie*.
Mon commentaire: Tous les indices de l’Office de la langue française sont au négatif. Le Comité permanent sur les langues officielles de la Chambre des communes a recommandé de reconnaitre formellement ce déclin. Un franco-américain du New-Hampshire (M. Rémi Francoeur), qui a choisit de déménager au Québec, a récemment expliqué comment l'usage du français en Amérique peut, étape par étape, décliner puis disparaitre.
3-Les anglophones du Québec seraient les gens les plus bilingues au Canada*. Alors, le français n'est pas menacé par « les Anglais », la présence des anglais ne met pas le français en péril*; et en conséquence si on limite les droits des anglophone on n'améliore pas la protection du français.
Mon commentaire: Un tiers des non-francophones au Québec ne peuvent entretenir une courte conversation en français. Et pour les autres, nombreux ne peuvent entretenir une longue conversation, lire, écrire ou penser en français.
4-La promotion du français devrait se faire en premier* dans l’éducation supérieure francophone, plutôt que dans les universités et cégeps anglos, il faut plutôt vanter les succès des cegeps anglophones*, pas questionner le financement plus élevé des cégeps anglophones.
Mon commentaire: Ce n'est pas l'efficacité des CEGEPs anglophones à enseigner en anglais qui est en jeu, c'est l'incompétence et la non-motivation de ses finissants à travailler en français qui est en jeu, et qui doit être mise en cause et corriger. Si non, il faudrait assujétir ces CEGEPs à la Loi 101.
5-On ne doit pas prendre des mesures pour imposer le français comme langue commune, du genre: imposer le dépôt d’une traduction « immédiatement et sans délai » pour les décisions des tribunaux; limiter l'accès aux services de santé en anglais; et décourager l'accueil commercial du style « bonjour, hi ».
Mon commentaire: La langue est un bien public dont la valeur dépend du nombre de personnes qui l’utilisent. Plus une langue compte de locuteurs, plus elle est utile. C’est l’effet réseau. L'usage en public de l'anglais diminue la valeur du français et nuit à la motivation de tous de l'apprendre et de l'utiliser. Il faut promouvoir l'usage du français en public, pas ridiculiser ces efforts (un rappel amical: l'usage du fameux Bonjour-Québec plutôt qu'un simple Bonjour a été condamné par un vote unanime des députés de l'Assemblée nationale).
6-On n’est plus aux premiers temps de la loi 101*, dont la francisation des lieux de travail.
Mon commentaire: la francisation du travail remonte au PL-22 du PLQ en 1974. C'est important de le noter pour démontrer que cette exigeance n'est pas partisane, mais est partagée par fédéralistes et souverainistes.
7-On n’est plus aux premiers temps de la loi 101, dont l'école française obligatoire pour les immigrants*.
Mon commentaire: La loi 101 obligeait les canadiens qui déménageaient au Québec d'envoyer leurs enfants dans le système scolaire français. Cette obligation a été supprimée par la cour suprême. Un exemple de décisions des tribunaux qui briment la « suprématie parlementaire », phénomène que M. Boisvert cherche visiblement à minimiser.
8- Les anglophones croient à la nécessité de protéger le français.
Mon commentaire: Sur quoi s'appuie M. Boisvert? Selon un sondage de Jean-Marc Léger en 2021 c'est un non-francophone sur trois qui se soucie de protéger la langue française. la proportion d'anglophones est sans doute plus basse (le quart selon le Journal de Montréal).
CONCLUSION
Le gouvernement du Québec depuis 50 ans a fait une erreur fondamentale: celle de tolérer un système scolaire anglais dont des diplômés ne sont pas autonomes en français à l’oral et à l’écrit. Il faut abolir ou réformer en profondeur ce système pour assurer une réelle maitrise du français par les anglophones. Entre temps. s'il-vous-plait i) cessons de faire semblant que les anglophones qui sont uniquement capables d'entretenir une courte conversation en français sont bilingues; et ii) n'hésitons pas à promouvoir vigoureusement le français en public partout où cela est possible, plutôt que de se moquer de ces efforts.
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Marc Ryan
Auteur